Dans la haute compétition (championnat du monde, Jeux olympiques) une solide formation technique et technico-tactique des joueurs est indispensable. Il en est de même pour leur constitution et préparation physique. Il manque à ce tableau la préparation mentale et stratégique. Sans oublier l’observation et l’analyse des futurs adversaires. Une équipe qui part au hasard, joue sur un même tempo, avec un style routinier se fait automatiquement contrer même par des équipes inférieures techniquement. C’est ce qui est arrivé à l’équipe de Tunisie. Sachant que les autres entraîneurs peuvent nous piéger, il faut obligatoirement modifier la stratégie à adopter selon les matcheset les adversaires. Si cette démarche est occultée, on va droit dans le mur.
Depuis 2005, on assiste à la répétition des mêmes schémas d’attaque, basés sur les points forts que sont Hmam, Meguenam, Tej, Bousnina et Ayed. Ce quintette est bien rodé depuis plusieurs années, mais l’observation et l’analyse du jeu de nos repères ont permis aux entraîneurs des équipes adverses d’élaborer une stratégie pour les contrer. C’est ce qui est arrivé.
Hasanafendic le savait, mais il n’a pas préparé les mutations stratégiques et tactiques indispensables d’une étape à une autre de la compétition, pour prendre de court ses adversaires. Rien de concret ne permet de l’affirmer.
Fébrilité
Sur un autre plan, le coach tunisien se laisse déborder par l’émotion si bien que son coaching se trouve aussitôt perturbé face aux stratagèmes adverses. Et en plus, il a toujours refusé d’être assisté par des techniciens ayant l’expérience de la sélection. Volontairement seul, il n’a pas été en mesure de gérer les événements. En effet, il lui est arrivé de:
1. Rater la 3e place au championnat du monde 2005 contre
la France
lors des 5 dernières minutes . Au lieu de préserver leur avance, les Tunisiens ont répondu aux provocations des Français qui ont usé de cette ficelle pour gagner le match de classement. L’entraîneur national lui- même pris dans la nouba, n’a pu réagir pour calmer ses joueurs qui répondaient provocation par provocation et multipliaient les pertes de balles inhabituelles.
2. Perdre la 1ère place en coupe du monde. L’équipe de Tunisie menait au score à quelques secondes de la fin de la rencontre… . Précipitations des joueurs, mais encore une fois le coach qui vivait l’émotion s’est contenté de subir ... les événements.
3. Perdre contre
la Slovénie
qui a clairement montré qu’elle a parfaitement analysé le jeu de notre équipe. Elle nous a contré avec beaucoup de détermination et de lucidité.
De l’avis de tous, nous étions supérieurs sur tous les plans mais, encore une fois, la fébrilité de l’entraîneur l’a amené à commettre des erreurs. A la fin de la partie, on a vu Meganem, Hmam, Tej et Bousnina se faire remplacer par Ben Aziza, Sobhi Saïed, Gharbi et Hammed. N’étant jamais «entrés dans le match», ces derniers ont commis faute sur faute technique!
4. Perdre contre l’Islande, alors que nous menions 5 points d’écart en raison des changements non justifiés : entrée de Ben Aziza encore une fois hors du coup, remplacement de Megaïez, brillant en première mi-temps, par Hellal qui a encaissé des buts faciles. sans oublier le jeu exclusivement par le centre de la zone, l’entêtement de Hmam à tirer tous les penalties alors qu’il venait d’en rater deux, etc.
Changements après coup
5. Tardivement, et après coup, le sélectionneur a introduit des modifications dans l’agencement des joueurs contre l’Allemagne. Ainsi, Aymen Hammad, titularisé d’entrée, a été un élément de «surprise» contre les allemands ( 9 buts ), alors que Hmam n’en a marqué que 5. Il en est de même pour Gharbi (3 buts) et de Wael Horri (2 buts). Enfin, on a remarqué aussi que Hmam était plus à l’aise dans ses mouvements au centre de l’attaque pour scorer. Ces nouveaux éléments qui ont cassé la routine de l’attaque tunisienne ont été efficaces.
Il faut noter que les joueurs avaient la rage de vaincre; ils ont fait preuve d’application, malheureusement, ils ont été mal exploités dans des dispositifs stratégiques et tactiques archiconnus de tous.
L’entraîneur national n’a pas réagi de la manière la plus pragmatique et lucide possible au cours de ce championnat du monde. Un match de handball nécessite une concentration de tous les instants et une intervention adéquate en temps réel, en raison de la rapidité du jeu. Sinon les événements nous prennent de court. Le managérat est par essence décision très réactive, réflexe et fruit d’une longue expérience...
Abdelaziz Sfar Ex-DTN et entraîneur national